Derniers jours de l’exposition de Stéphane Pichard à la galerie quatre à Arles

L’exposition Ce que voient les oiseaux de Stéphane Pichard se termine le 12 septembre prochain à la galerie quatre à Arles. Ce que voient les oiseaux, personne ne sait ce que voient les oiseaux. L’exposition mûrement réfléchie par l’artiste a réuni quatre œuvres, quatre images, quatre supports de présentation tourbillonnant dans l’espace de la galerie. L’occasion pour Laurent Bourderon, responsable de la galerie de demander à Stéphane d’éclaircir sa démarche :

Ce qui me touche, c’est de trouver une distance, mais aussi de faire des pas de côté, de goûter l’approche. C’est la variation des multiples chemins synaptiques, la compréhension d’une image n’est pas unidirectionnelle. Je me détourne des images utilitaires et autoritaires, celles qui sont faites pour avoir une seule place, qu’on ne voit que d’un emplacement, elles fonctionnent comme des injonctions qui excluent l’intelligence du regardeur. Je ne comprends pas les audioguides. 

Pour faire sens, mes images appellent toujours quelqu’un ou quelque chose. Ça peut être quelqu’un de vivant ou de mort. Par exemple Guillaume de Machaut, sur lequel je reviendrai. Il y a des formes ou des rythmes, des sonorités comme des couleurs qui préexistent et que je réactive dans des combinaisons que je reconnais plus ou moins consciemment. C’est à la fois transpersonnel et intime. L’image, avant de sortir de l’atelier, je dois l’admettre, l’accepter. Je vis un moment avec elle. Ce temps-là est celui du travail de l’image. Il n’est pas nécessaire de changer quelque chose, la colorimétrie ou le rythme, la vitesse de défilement ou le son ou n’importe quoi d’autre pour avoir travaillé l’image. L’image me travaille. Le support est inhérent à l’objet qui s’autonomise malgré lui. Mais dès la captation, souvent les dés sont jetés.

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Le palindrome est très présent dans ton travail, comment est-ce arrivé, qu’est-ce qui t’intéresse ? 

Le palindrome est une figure rhétorique et mathématique entendue (reconnue) dans un canon à l’écrevisse de Guillaume de Machaut :

Ma fin est mon commencement
Et mon commencement est ma fin

Le palindrome est une figure qui pense. Du moins je pense avec elle, avec elle j’essaie de comprendre où il est et ce qu’il fait. C’est sa clé de douze. Le temps est absolument incompréhensible et le palindrome aide à comprendre qu’on comprend. Tandis que la prise de vue est courte, quelques secondes ou une poignée de minutes, juste ce qu’il faut, le palindrome décale l’expérience perceptive, il permet de déployer le saisissement, de jouer l’entendement en faisant semblant d’être immédiat. Le palindrome est la forme du temps d’après, il décale la prise de vue dans le juste après. 

Galerie quatre, ouvert du mercredi au samedi de 15h à 18h et sur rendez-vous.
À l’occasion de cette exposition un numéro de Semaine lui a été consacré avec une fiction écrite par Stéphane Pichard. Plus d’information ici : http://www.immediats.fr/?p=13506

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