Semaine 42.20 (no. 443) Stéphanie Nava | Nous habitons ici ensemble | Musée d’art contemporain Montélimar

Nous habitons ici ensemble, l’exposition de Stéphanie Nava nous transporte dans un monde qui est le nôtre, la réalité tangible est son matériau de travail autant que le feutre, le crayon graphite ou l’encre colorée. Son œuvre met à distance les motifs familiers du quotidien à travers une reconstruction du réel où le hors champ, le choix du cadrage, l’introduction de formes non identifiables fonctionnent comme un révélateur de ce que nous ne voyons pas. L’apparente objectivité de la description et l’évidente simplicité de la ligne claire de son trait laissent entrevoir la singularité d’un regard ou encore la part énigmatique du réel, détachée de tout pathos.

Semaine n°443, revue hebdomadaire pour l’art contemporain
Entretien : Camille Bertrand-Hardy et Stéphanie Nava
Parution vendredi 09.10.2020
Édition papier, 8 pages, 4 €

Habités (série), 2007, encre sur papier, 42 x 59,5 cm. Collection de l’artiste.

Camille Bertrand-Hardy Paysage, ville, communauté, les trois thèmes que tu développes dans l’exposition Nous habitons ici ensemble au musée d’art contemporain de Montélimar nous interrogent sur notre façon d’habiter le monde. Tes œuvres jouent à reconstruire l’espace, à recomposer des motifs ou des sujets banals, enfin tes titres sont de courtes fictions. Quelles sont pour toi les spécificités d’un récit visuel ? Est-ce qu’il diffère d’une narration littéraire?

Stéphanie Nava En ce qui me concerne, la différence est liée au temps et à l’espace. Là où un livre demandera le temps long de la lecture, une œuvre peut se découvrir de façon assez immédiate. Par ailleurs, dans une œuvre, le récit se fabrique par « empilement », dans la composition, qu’elle soit en deux ou trois dimensions. Pour les dessins par exemple, c’est la proximité ou l’éloignement d’un élément avec l’autre qui va faire sens. La disposition des personnages est agissante, leur posture aussi. On est dans un espace assez ramassé — contrairement à l’espace littéraire qui se déplie plutôt dans l’esprit du spectateur et de façon étirée, au fil des pages — il y a une sorte de mise en place géographique de la narration. La concomitance des objets dans l’espace de l’œuvre appelle aussi à une simultanéité de la découverte des relations. Ce récit est donc du temps et de l’espace empilés, condensés dans un espace et il revient au spectateur de le déplier par son regard et son imaginaire.

Archipel (série), 2012-2020, encre sur papier, 42 x 59,5 cm. Collection de l'artiste.
Un derrière un autre et continuellement, 2017-2020, carbone sur papier, 24 x 32 cm. Collection de l'artiste.

C.B.-H. En juxtaposant volumes architecturés, dessins et volumes, en représentant des scènes insolites, tes œuvres créent des situations visuelles qui sollicitent l’imaginaire du regardeur. Pourtant tu revendiques une démarche faite de constats factuels. Quelle place tient l’énigmatique ou l’incongru dans ton travail ?

S.N. Ces notions entrent par effraction dans mon travail. Le réel est mon espace de réflexion et l’observation joue un rôle central dans les processus par lesquels émergent les œuvres. Je n’essaie jamais d’échafauder des œuvres via l’imaginaire. Il me faut puiser dans ce que j’ai vu ici ou là, ce que j’ai noté, ce qui existe déjà ailleurs que je vais reformuler en combinant des objets parfois distants, ce qui peut créer de l’inconnu. J’essaie souvent de rendre visible ce qui ne l’est pas, des relations, des sentiments, et forcément, quand on essaie de donner une forme à l’invisible, cela produit des étrangetés visuelles. La série Luftgebäude en est un bon exemple. Ce terme allemand signifie « élucubrations » mais littéralement peut se traduire par « constructions faites avec de l’air ». Je suis partie de cette idée, donner forme à ce qui se construit dans l’air, qui est normalement invisible. Cette idée a rencontré un objet, en l’occurrence des photographies d’auras vues dans un livre. Mon travail tente cette même entreprise : capturer la présence invisible d’un corps au-delà de lui et capturer des phénomènes colorés étonnants. Les deux choses combinées donnent des formes colorées à l’encre prenant place dans des dessins au crayon gris. Elles matérialisent sur le papier des interactions, des sentiments, des relations entre différents objets ou personnages. Et tout ça, les formes étant abstraites, produit des énigmes…

Transmettre, tisser, joindre, 2020, dessin mural à l’encre, dimensions variables, dimensions variables. Production Musée d’art contemporain Montélimar-agglomération.
À point nommé, 2017-2020, crayon et encre sur papier, 45 x 55 cm. Collection de l'artiste.
La Cité, 1997-2010, dessin mural au crayon, plâtre, environ 200 x 130 cm. Production Musée d'art contemporain de Montélimar.
Mur de dessins

Publié et diffusé par – published and distributed by Diffusion pour l’art contemporain, 67 rue du Quatre-Septembre, 13200 Arles, France. www.immediats.fr.
Directrice de la publication – Publishing Director Gwénola Ménou. Conception graphique – Graphic design Alt studio, Bruxelles. Coordination et réalisation graphique – Coordination and execution Laurent Bourderon. Corrections – Proofreader Stéphanie Quillon. Traductions – Translation Lauren Broom. Photogravure – Photoengraving Terre Neuve, Arles. Impression – printer Petro Ofsetas. © L’artiste pour les œuvres, l’auteur pour le texte, Diffusion pour l’art contemporain pour la présente édition. © The artist for the works, the author for the text, Diffusion pour l’art contemporain for this edition. Abonnement annuel – Annual subscription 62 €. Prix unitaire papier – price per paper issue 4 €. Dépôt légal octobre 2020. Issn 1766-6465

La Fabrication de la communauté, (série), 2007-2016, fusain sur papier, 200 x 150 cm. Collection de l'artiste.

Catégorie: Semaine, Structures associées

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